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"Messire Gauvain passe un pont et entre au château. Arrivé en haut, au point le plus fort de la place, il aperçoit en un pré, sous un orme [1], une pucelle qui contemplait dans un miroir son visage et sa gorge, plus blanche que neige. Un étroit cercle d’or couronnait ses cheveux." [2]
C’est ainsi que Chrétien de Troyes nous décrit l’orgueilleuse de Logres : une femme ravissante, couronnée d’or, un miroir à la main. On imagine mal description plus succincte, pourtant la force symbolique est énorme.
 

Déjouons le piège grossier de l’église qui, au moyen-âge a fait du miroir le symbole de la prostituée, pour nous rattacher à la tradition universelle. Que ce soit pour les Egyptiens, les Grecs, les Chinois, les Japonais, les bouddhistes ou les musulmans, le miroir est le support d’un symbolisme extrêmement riche dans l’ordre de la connaissance.
Tout comme le Graal, il est un symbole à la fois solaire et lunaire [3]. Une des symboliques les plus développées autour du miroir est celle de l’âme. Suivant son orientation, il reflète la beauté ou la laideur. Le miroir poussiéreux représente le cœur de l’homme, incapable de réfléchir la lumière divine pour la projeter dans la tête et éclairer ainsi la conscience [4] . Ainsi, la première phase du processus gnostique est avant tout la purification de l’âme : le miroir doit retrouver une qualité parfaite, sa surface doit être parfaitement polie et pure afin de retrouver ses pouvoirs. Dans la littérature islamique, la coupe de Jamshid, roi légendaire d’Iran, est en réalité un miroir qui permet de lire le passé, le présent et l’avenir. Elle symbolise à son tour le cœur de l’initié [5].
Le Cœur étant symbolisé par un miroir - en métal, jadis - la rouille symbolise le péché et le polissage du miroir sa purification.
 
Dans la Grèce antique, le miroir était aussi le signe de l’initié aux Mystères. Sur certains vase, le Dieu des Mystères, Dionysos, est représenté un miroir à la main. Souvent, il le tient derrière le dos de quelqu’un - dévoilant ce qui est caché - ou le présente à celui-ci, afin qu’il y voie l’image de son âme divine.
Et c’est bien ce double aspect que représente l’orgueilleuse de Logres : la force de l’âme nouvelle et l’initiatrice (voir l’article "un avertissement sur le chemin").
 

Notes :

[1] ou un if selon les versions

[2] le conte du Graal, v6672-6681

[3] En effet, la coupe (lunaire) du Graal est associée au cœur (solaire) de l’homme, voir aussi http://graal-initiation.blogspot.com/2007/05/au-coeur-de-lhomme.html

[4] A nouveau, comme avec le Graal lui-même, on retrouve cette notion d’union de la tête et du cœur. Voir l’article sur le Graal intérieur

[5] " Quand j’entendis le maître décrire le Graal de Jam, je fus moi-même le Graal du monde, le miroir de Jam. Dans le Graal du monde, le miroir, nous vîmes en souvenir que chaque Graal est une flamme qui nous fait mourir. " - Shihâboddîn Yahyâ Sohravardî (1154-1191)


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