Gauvain

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Les aventures de Gauvain sont la principale pierre d’achoppement du Roman du Graal, aussi bien pour les continuateurs ( à l’exception de Wolfram von Eschenbarch) que pour les érudits qui se sont penchés sur ce texte.

A la moitié du roman, le personnage de Perceval disparaît et le récit suit le personnage de Gauvain. Ce brusque changement de personnage est doublé d’un anachronisme des plus étranges : Alors que les aventures de Gauvain ont commencées depuis quelques jours, on retrouve Perceval pour qui 5 ans se sont écoulés, puis le récit revient à Gauvain.
Parmi les continuateurs, certains ont fait de Gauvain le héros du Graal, celui qui mènera à bien la quête. D’autres ont supprimé tout le passage. Wolfram pousse le récit de Gauvain à son terme et continue avec Perceval.
 
Pour un certain nombre de critiques, cette rupture est si incompréhensible qu’ils en sont venu à supposer que le récit de Chrétien de Troyes s’arrêtait avant ce passage. Dans plusieurs version, comme l’édition de Wilmotte ou l’édition 10/18 du Parzival, le passage est remplacé par un résumé de quelques lignes.

Et pourtant, Chrétien de Troyes à apporté un soin particulier à ce brusque changement de personnage : comme l’ont remarqué de nombreux universitaires, les aventures de Gauvain constituent une symétrie parfaite avec les aventures de Perceval [1], au point de fournir des clefs d’interprétation nouvelles et subtiles.
Il faut souligner que ce changement de personnage est typique des enseignements gnostiques : a un moment donné, le candidat rencontre son double divin, son jumeau comme l’appelle Mani. L’âme nouvelle apparaît et le candidat la reconnaît : Perceval, après la vision des trois gouttes de sang dans la neige reconnaît Gauvain. [2]

Le Roman décrit alors un certain nombre d’expériences intérieures : le travail de la lumière dans le corps.
 
La personnalité passe à l’arrière plan (ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est plus importante comme on peut le voir avec l’épisode du cheval) et le véritable travail alchimique commence.
 
Ainsi, Gauvain entre dans le pays de Galvoie où il suit tout un parcours, qui évoque un caducée :Il traverse l’eau (l’axe central) à 5 reprises (comme lorsque l’on suit le tracé des serpents).
 
Au sommet se trouve le château de la merveille, tel un soleil ailé. Au pied se trouve le gué périlleux et le terrible Guiromelan.A chaque épreuve est associé un arbre, symbole de la conscience. Le type de l’arbre : chêne, olivier, orme, nous renvoie par sa symbolique à l’état de conscience du candidat [3].
 
Lorsque la lumière a accompli sa tâche, Perceval est nommé Roi du Graal.

Notes :

[1] Voir par exemple R. DRAGONETT, la vie de la lettre au moyen-âge, le conte du Graal - ed. du seuil 1980 ou J. DUGGAN, the romances of Chrétien de Troyes - Yale university 2001

[2] Il s’agit là d’une clef d’interprétation absolument fondamentale et qui caractérise l’initiation à laquelle nous invite Chrétien. Voir à ce sujet l’article Mystères Occultes - Mystères Gnostiques.

[3] Dans ses notes (oeuvres complètes de Chrétien de troyes, La pléïade - Gallimard), D. Poirion remarque : "La première demoiselle avait été rencontrée sous un chêne. La seconde sous un if. Ce chevalier se trouve sous un olivier verdoyant. Ces subtiles variations encouragent à l’interprétation : il y a là comme un itinéraire qui suggère la vie glorieuse, puis la mort, puis la vie éternelle. Mais quel rapport avec l’aventure elle-même ? Et les différences de manuscrits qui plantent parfois un orme à la place de l’if font hésiter davantage encore."


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