Le heaume de diamant de Gamuret

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Si la majorité du Parzival de Wolfram von Eschenbach suit de très près le conte du Graal de Chrétien de Troyes, il s’en éloigne parfois de manière surprenante. Les deux premiers livres, qui racontent les aventures de Gamuret, le père de Parzival, outre le fait qu’ils introduisent les aspects orientaux dans le Parzival, sont extrêmement denses au niveau symbolique et préfigurent l’ensemble du récit [1].
Nous avons déjà parlé de la reine Belacane, nous reviendrons sur la cité de zazamanc. Le point qui nous intéresse ici est le fameux heaume de diamant de Gamuret :
 

"Cependant Gamuret avait revêtu l’armure que Fridebrand, roi d’Ecosse, avait renvoyée à Bélacâne, pour la dédommager de tout le mal qu’il lui avait fait (...).Il n’y avait rien au monde de si précieux que cette armure. Gamuret contempla le diamant dont était fait le heaume ; on y avait fixé une ancre, dans laquelle étaient incrustées des pierreries, toutes fort grosses. (...) La cotte d’armes de Gamuret était ample et large. Je ne crois pas que, depuis, personne ait jamais porté dans un combat une cotte aussi belle. Elle était si longue qu’elle retombait presque sur le tapis. Saurai-je vous la décrire ? Elle avait un tel éclat qu’on eût cru voir flamber un feu vif au milieu de la nuit ; elle était d’une claire et fraîche couleur et tout étincelante ; des yeux malades n’en eussent pu supporter la vue. Elle était tissue d’un or que dans les montagnes du Caucase des griffons avaient, avec leurs serres, arraché des roches. Ils étaient et ils sont aujourd’hui encore les gardiens de cet or. "(Parzival, livre II)
 
Ce Heaume de diamant va revêtir une importance particulière dans la suite des aventures, car c’est en quelque sorte par lui que Gamuret est vaincu :
 
"Les chevaliers demandèrent : " Comment a-t’il été possible de vaincre notre seigneur, s’il portait son harnois ? Jamais chevalier ne fut mieux armé. " -Bien que tout troublé par sa douleur, l’écuyer répondit aux preux : " Il n’était pas donné à mon maître de vivre longtemps. Il avait retiré son heaume et sa coiffe, à cause de l’accablante chaleur. La malice félonne d’un païen nous a ravi le vaillant héros. Un chevalier païen avait recueilli dans un verre effilé le sang d’un bouc ; il brisa ce verre sur le diamant, qui devint aussitôt plus mou qu’une éponge [2] (...)
Mon maître besognait de telle sorte que toute gloire s’effaçait devant la sienne. Arriva Ipomidon ; il frappa mon maître d’un coup de lance et l’occit en présence de milliers de chevaliers. Mon maître - héros pur de toute fausseté - s’était avancé vers le roi d’Alexandrie, et c’est ce roi qui lui porta le coup fatal. La pointe de la lance d’Ipomidon trancha le heaume et s’enfonça dans la tête de Gamuret, de telle façon qu’on y retrouva un tronçon de la hampe. "(Parzival, livre II)

 
Que représente donc ce heaume de diamant ? Il nous renvoie une fois de plus à ce fameux feu du serpent, l’axe cérébro-spinal qui culmine dans le crâne, la conscience : " Le liquide céphalo-rachidien est de couleur blanche et a l’apparence du diamant (dans le "traité" manichéen, on désigne le feu du serpent comme ’la colonne de diamant’ ) ; raison pour laquelle l’un des qualificatifs associés au nom de Mani, dans la tradition boudhique du Tibet, est "Sceptre de diamant". [3]
 
Ainsi, les aventures de Gamuret décrivent déjà un processus de transformation : comment ce chevalier acquière une nouvelle tente [4], symbole récurrent du Nouveau Testament pour représenter le corps, un vêtement de lumière (la cotte d’armes de la citation ci-dessus) et un heaume de diamant : le nouveau mental [5].
Cependant, malgré son "avancement", il est terrassé.

Notes :

[1] A mon sens, il n’est pas besoin de se lancer dans une étude critique approfondie pour voir que - contrairement à ce que suggèrent certains détracteurs de Wolfram - ces deux livres n’ont aucun lien avec le bliocardan, prologue allongé du conte du graal qui raconte les aventures du père de Perceval

[2] D’après Pline l’Ancien, le diamant perd sa dureté quand on le trempe dans, le sang d’un bouc.

[3] N. Tajadod, Mani, le bouddha de lumière, Cerf 1990 - cité par F. Favre dans Mani, christ d’orient, bouddha d’occident, septénaire 2002

[4] La tente d’Isenhart, qui est telle que "si l’on vendait votre couronne et votre royaume, on n’aurait pas encore assez d’argent pour en payer la moitié" nous dit le récit

[5] Voir aussi "l’âme de diamant" dont parle H. P. Blavatsky dans La voix du silence


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