Le Cortège de Wolfram

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Jean FOURQUET, dans son étude intitulée Wolfram d’Eschenbach et le conte du Graal a passablement mis à mal les hypothèses donnant au Parzival une origine exotique. Cependant, il y a de nombreuses failles dans la thèse de Fourquet. Le Parzival et le conte du Graal divergent notamment sur un passage essentiel du roman : le cortège du Graal lui-même. [1]
 

Chez Wolfram, le service du Graal - devenu exclusivement féminin - ne traverse plus la salle pour aller d’une porte à l’autre, mais les demoiselles apportent devant le roi pêcheur, selon un cérémonial compliqué et en guise de prélude à un repas prodigieux, quatre sortes d’objets.
Wolfram à donc démultiplié le nombre de porteuses ; il décrit avec un grand luxe de détails leur beauté, leur parure, leurs vêtements. :

- Viennent d’abord quatre nobles pucelles vêtues de "sombre écarlate". Les deux premières tiennent des candélabres d’or, les deux suivantes portent chacune deux fins bâtons d’ivoire.
- Suivent huit nouvelles dames vêtues de vert, quatre portant des cierges tandis que les quatre suivantes portent une table taillée dans une hyacinthe. Elles posent la table sur les pieds d’ivoire et rejoignent le groupe précédent.
- Le troisième office du Graal est accompli par deux princesses portant des couteaux merveilleux, précédées de quatre dames portant des flambeaux. Wolfram insiste alors sur le nombre de pucelles en précisant : "Si j’ai bien fait le compte, ce sont dix-huit dames qui se tiennent là, debout en groupe".
 
Six dames s’avancent ensuite avec des "vases de terre, longs, transparents et beaux, où une huile embaumée brûlait en donnant une haute flamme". Derrière elles vient la reine repanse de joie ( en bon français : pensée de joie d’après Frappier ).
Repanse de joie pose le Graal sur la table taillée dans l’hyacinthe. La troupe des porteuses s’entr’ouvre et la reine prend place au milieu de ses compagnes partagées de chaque côté d’elle en deux groupes de douze.
 
Le cortège de Wolfram, très différent de celui de Chrétien de Troyes, fourmille d’indications symboliques : les couleurs des vêtements, les différents objets, les 5 types de lumières et surtout les nombres. En effet, c’est par la symbolique des nombres, sur laquelle il insiste d’ailleurs lourdement, que Wolfram donne la clefs de la signification de ce service du Graal.
Dans les romans a clef du moyen âge [2], les pages et dames qui effectuent le service dans les réceptions princières représentent les forces à l’oeuvre dans le candidat. Le château est le corps du candidat lui-même, les personnages principaux sont des aspects de la conscience du candidat et la foule des serviteurs représente les forces de transformation à l’oeuvre. Ces forces peuvent avoir une polarité positive ( les pages et chevaliers) ou négative ( les dames).
Dans la description du cortège du Graal de Wolfram, on distingue clairement deux phase : la première étape aboutit à la constitution d’un groupe de 18 dames ou forces ; la deuxième nous montre la reine, porteuse du Graal, descendant entre deux groupes de 12. [3]
 
Pour comprendre la première phase, il faut savoir que le chiffre 9 désigne l’être humain originel [4]. L’Enseignement universel parle de la composition nonuple de l’homme : les 3 aspects fondamentaux - la forme spirituelle, la forme psychique et la forme matérielle - comportant chacun trois aspects.
Le nombre 18 représente donc l’homme originel - 9 - selon ses deux pôles : masculin et féminin. La première phase du cortège de Wolfram décrit donc la reconstruction de l’homme - microcosme complet.
Une fois la structure divine de l’homme rétablie, l’Esprit divin descend en lui et enflamme ("le visage de la reine rayonnait d’un tel éclat que tous crurent voir le jour se lever" nous dit Wolfram) la pinéale au milieu des 12 paires de nerfs crâniens. Le nouveau penser est né. Les 3 principes de l’esprit central : le principe directeur (volonté), le principe constructeur/conservateur ( sagesse/amour) et le principe formateur (activité) rayonnent dans la forme spirituelle. 1 esprit central, 2 groupes (positif - négatif) de 12 forces. La reine au milieu des deux groupes de douze dames, l’homme - âme - esprit de l’origine.
 
Les objets et les lumières qui les accompagnent ainsi que l’ordre dans lequel ils sont amenés donnent un résumé de la méthode de reconstruction de cet homme originel divin.

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Le cortège du Graal - extrait du PARZIVAL
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Le cortège du Graal - Chrétien de Troyes

 

 

Notes :

[1] Voir notamment Jean Frappier, Le cortège du Graal - Lumière du Graal ed. cahiers du sud en 1951

[2] Mais on peut étendre ce mécanisme à presque toute la littérature ésotérique voilée : le nouveau testament, les manifestes de la Rose-Croix...

[3] la description du cortège du Graal et les différentes citations sont tirées de la traduction de E. TONNELAT - Ed. AUBIER-MONTAIGNE

[4] on retrouve cette notion dans la lecture cabalistique de la bible. Dans la cabale, ADAM s’écrit ADM et les valeurs associées à chaque lettre sont 1 + 4 + 40 : 1440 = 9. Il en va de même pour les 144000 de l’apocalypse, qui signifie donc l’humanité entière ayant passé par 3 cycle de régénération, ou inversement l’humanité déchue : 666 symbolisée par trois 9 inversés - c’est à dire selon le corps, l’âme et l’esprit - dont la somme fait à nouveau 9


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