Les mythes fondateurs

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Graal et Wisigoths

Jessie L. Weston - From Ritual to Romance

Jean Marx : La légende arthurienne et le Graal

Joseph J. Duggan : The romances of Chretien de Troyes

Une autre source

Pierre Gallais - Perceval ou l’initiation

Paulette Duval : la pensée alchimique et le conte du Graal

Quelques mots de Rudolph Steiner

Au début du XXème siècle nacquirent deux interprétations quand aux sources du conte du Graal : le Graal iranien et le Graal Cathare. Mais l’association des manichéens ou des Cathares au Graal est un phénomène relativement récent [1] et qui plus est, liée à des textes à peu près inconnus. On doit le Graal Cathare à otto Rahn, au début de années 1930 et le Graal Iranien à deux articles de Fridrich von Suhtscheck publiés eux aussi au tout début des années trente.
 

Impossible aujourd’hui de lire une étude sur le Parzival de Wolfram von Eschenbarch (on peut même étendre à la plupart des études sur le Graal) sans tomber sur un rapprochement avec les textes Iraniens, le manichéisme et le texte du Chant de la perle. Pourtant, il suffit de lire le chant de la perle pour constater que les liens avec le récit du Graal de Wolfram ou de Chrétien sont plus qu’infimes (il est beaucoup plus facile par exemple de le rapprocher d’Erec et Enide).
 
A priori, aucun des universitaires citant les travaux de SUHTSCHECK n’a fait l’effort de vérifier ses propos en se référant à une édition complète, sinon critique, du Parzival.
En effet, s’il s’agit à première lecture de révélations fracassantes (hormis le fait que Suhtscheck a la fâcheuse tendance de présenter des hypothèse comme des conclusions ou des faits acquis), tout s’écroule dès que l’on vérifie.
Ainsi, comme l’a remarqué annah CLOSS, il n’y a pas de Parzivalnamêh. Il y a bien un énorme texte de firdoussi évoquant vaguement le graal, mais il est très difficile d’y voir une source possible du mythe. A priori, il s’agit plutôt d’une résurgence d’un fait spirituel universel comme nous l’avons déjà vu pour la coupe alchimique ou la Rose-Croix.
Suhtscheck entreprend un long développement sur les voyages initiatiques en 5, 13, 13 et 13 jours des héros, mais quiconque lit le Parzival (dans une édition intégrale en tout cas) peut constater que le voyage de Gamuret ne fait pas 5 jours du tout et qu’il ne comprend pas 5 phases non plus. De même, le voyage de FEIREFIS ne fait pas treize jours (j’ai la flemme de tout relire pour compter les jours de PARZIVAL et GAUVAIN, mais à priori les aventures de Parzival se déroulent sur 1 an, plus 5 ans de folie ).
En ce qui concerne les origines iraniennes d’Arthur et des noms de tous les protagonistes, Wolfram cite explicitement les origines et lignées de chacun (et je ne parle pas des noms inventés à partir du Français comme "conduire amour" - condwiramour et "pensée de joie" - repanse de joie) et il n’y a rien d’iranien là dedans.
Quand au picnic de la table ronde [2] dont parle Suhtscheck, scène où tout le monde mange assis par terre sur un tissu et qui ne peut donc se dérouler qu’en orient, il s’agit encore d’une incompréhensible erreur de lecture. Le texte précise bien que ce rond de tissu est figuratif et que personne ne mange dessus [3]. Il est simplement placé au centre des tables.
Bilan : tout ce qu’on peut retenir des articles de Suhtscheck c’est que les noms orientaux qu’a choisi Wolfram sont des noms orientaux, voire iraniens. C’est un peu mince. (je n’approfondirai pas le fait que Suhtscheck amalgame continuellement zoroastriens et manichéens alors que ce sont les mages zoroastriens qui ont fait tuer mani - voir le livre de F. FAVRE sur mani ou son BLOG Mani, messager de la lumière) [4]
 
En conclusion, on se retrouve avec un article qui, malgré son manque total de fondements, va générer une croyance tenace que l’on retrouve partout depuis plus de 70 ans.
Et on retrouve le même phénomène pour le lien entre les Cathares et le Graal à la suite du livre d’otto Rahn : Croisade contre le Graal.
 
Question : Comment des thèses qui ne tiennent pas un instant face à un examen un tant soit peu critique peuvent rencontrer un tel engouement et générer des croyances aussi tenaces ?
En réalité, on peut se poser exactement la même question au sujet du conte du Graal lui-même : comment un texte du moyen-âge en ancien français, truffé d’incohérences, pas fini, mettant en scène des personnages désuets etc... peut-il générer un intérêt aussi vif pendant plus de 700 ans et ce dans le monde entier ?
 
La réponse à la question (et tout le site graal-initiation tourne en fait autour de cette question) c’est à mon sens que le conte du Graal fait appel à l’aspect spirituel en chacun, aspect spirituel qui veut se manifester.
 
Le succès du Graal-Cathare et du Graal-Manichéen vient du fait qu’il y a bel et bien un lien spirituel (indépendamment de toute transmission temporelle) entre ces différentes fraternités et le Graal :

- Les Cathares et les Manichéens étaient comme ces Tonneaux contenant le feu secret des gravures alchimiques : des communautés initiatiques, des fraternités du graal au sens où nous l’avons défini dans l’article "la racine et le surgeon" (voir aussi l’article sur "les cathares et le Graal")
- Ces fraternités effectuaient le "Service du Graal" pour l’humanité, ce qui c’est traduit par leur aspect civilisateur incroyable que l’on retrouve d’ailleurs dans le personnage même de Chrétien de Troyes
 
Rahn et Suhtscheck ont certainement ressenti ce lien puissant, qui les a poussés en avant au point qu’il en ont brûlé les étapes, mais leur passion s’est communiquée à leurs lecteurs.
 
Ressources :
article Suhtschek N°1
article Suhtschek N°2

Notes :

[1] auparavent, on s’en tenait au Graal Celte ou à l’alternative Templière à cause de la traduction ’Templistes’ en ’Templiers’ dans Wolfram

[2] Parzival livre XV

[3] "On traça un cercle autour duquel on plaça les sièges (...) elle n’était pas là pour qu’on s’en servit, elle n’avait d’autre objet que de donner son nom à la réunion.

[4] Ces lacunes de l’étude de Suhtscheck - dont la ligne directrice principale était déjà fournie par Gustav Oppert en 1864 - étaient déjà connues de son vivant, à tel point que son opus magnum Parsiwal ne trouva aucun éditeur et que le manuscrit est en train de moisir dans la bibliothèque de l’université de Graz en autriche.


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