Quelles sources pour Parzival ?

Dans la même section


Werner Greub - La Quête du Graal, Wolfram von Eschenbach et la réalité historique

J. EVOLA : Le Mystère du Graal

Une nébuleuse de textes

Jean MARKALE : Le Graal

Les mythes fondateurs

Pierre Gallais - Perceval ou l’initiation

Une autre source

Jessie L. Weston - From Ritual to Romance

Dans son Parzival, Wolfram attribue l’origine du roman à un certain Kyot le Provençal, qui découvrit les premiers textes du Graal à Tolède. Jean Fourquet, on l’a vu, démontre par le biais de l’analyse critique que la seule source de Wolfram, c’est le conte de Chrétien de Troyes.

Cependant, nous trouvons en la personne de Jean Frappier [1] un contradicteur sérieux de Fourquet :
"Le conte du Graal, même augmenté d’une partie de ses continuations et enrichi par les contresens et l’imagination de Wolfram, ne saurait rendre compte d’étranges particularités du poète allemand , comme par exemple tout son côté arabe et oriental, l’histoire de l’origine du Graal, l’identification des chevaliers de Montsalvage avec l’ordre des Templiers et surtout l’exaltation de la famille d’Anjou à laquelle Wolfram n’avait aucune raison personnelle de s’intéresser"
 
Cependant, si l’on se penche sur les influences culturelles de ce début de XIIIème siècle, les "étranges particularités" du Parzival deviennent beaucoup moins étranges.
 
Ainsi, G.A. Heinrich [2] retrace l’essor de la littérature Allemande à partir de règne de l’empereur Frédéric Barberousse et rappelle la très forte influence de la poésie provençale en Allemagne.
M. BARY [3] quand à lui retrace l’énorme influence de la pensée musulmane au XIème, XIIème et XIIIème siècle suite à la conquête de Tolède et de la Sicile par les barons Normands. Il rappelle qu’à l’époque, toutes les sciences ésotériques étaient désignées sous le nom d’ars toledana, tant la réputation de Tolède était grande.
 
Rien d’étonnant donc à ce que Wolfram, lorsqu’il s’invente une source de la plus haute extraction pour cautionner son récit, choisisse un provençal ayant découvert le secret du Graal à Tolède (pour un Minnesänger allemand en tout cas).
 
Quand aux templiers, Heinrich pointe avec justesse que la description qu’en fait Wolfram (Wolfram parle d’ailleurs de templistes et non de templiers) n’a absolument rien à voir avec les Templiers historiques, ne serait-ce que parce que ces derniers étaient répandus dans toute l’Europe alors que Wolfram parle lui d’un ordre très restreint et très secret. On ne peut être que d’accord avec Heinrich lorsqu’il suggère que Wolfram souhaite simplement décrire un ordre chevaleresque qui supplante celui de la table ronde, notamment en introduisant une dimension spirituelle à la chevalerie.
 
En ce qui concerne la maison angevine, sa renommée à l’époque de Wolfram suffit à mon sens à justifier que le poète souhaite y rattacher ses héros. Je ne peut cependant m’empêcher ce citer le traditionaliste Bernard Marillier dans sa préface à la réédition de l’étude d’Heinrich :
"Cette province et la maison angevine revêtent une grande importance dans la tradition ésotérique du moyen-âge. Le vocable ’Anjou’ lui-même, sur lequel insiste Wolfram peut se traduire An-Jou (Agni-Joie). Le poète Franconien utilise également comme symbole héraldique de Gamuret l’Angevin puis de Parzival, une panthère de sable (noire), animal figurant d’ailleurs sur le blason primitif des Plantagenêt issus de la maison d’Anjou. Or, traditionnellement, la panthère (bête-tout) est l’image du centre céleste."
 
Que penser dès lors des apports de Wolfram sur le conte du Graal ?
Wolfram est-il un Morsius [4] du XIIème siècle, qui ayant percé les mystères du Graal aurait tenté de les retransmettre à son tour. Si il est vrai qu’il émaille le récit de références typiques d’un minnesänger allemand de cette époque évoquant un savoir ésotérique, il n’en demeure pas moins qu’il possède des bases solides dans le domaine de l’alchimie et surtout une connaissance de première main de l’initiation gnostique ( ce simple fait suffit à expliquer les consonnances Cathares ou manichéennes de certains passages du Parzival, sans qu’il y ait besoin d’établir de transmission matérielle directe entre Wolfram et ces fraternités).
Rapprocher Wolfram et Chrétien devient alors très riche car leur cryptage étant légèrement différent, les images de l’un expliquent celles de l’autre.

PDF - 28.8 ko
extrait M. BARY
sur l’influence arabe au moyen-âge
PDF - 15.7 ko
extrait Heinrich
sur l’influence provençale en allemagne

 

 

Notes :

[1] Jean Frappier : le cortège du Graal publié dans le collectif "Lumière du Graal" cahiers du Sud 1955

[2] G.A HEINRICH : "Le Parcival de wolfram von eschenbach et la légende du Saint Graal", A. Franck 1855, réédité par Pardès en 1990

[3] M. BARY : "la table ronde du roi Arthur et les mille et une nuits" publié dans Les Romans de la Table Ronde, la Normandie et au-delà... CORLET 1987.

[4] chercheur infatigable du XVIIème siècle qui tenta de découvrir l’ordre mystérieux de la Rose-Croix. Il est connu au travers de sa corespondance avec les hautes figures de la spiritualité de son époque, telles que Jacob Boëhme par exemple dont il reçu l’enseignement


contactez-moi | Plan du site | ©2006-2007 Yoann LAMY