Guy Vial – Le conte du Graal, sens et unité.

Publications romanes et française – librairie Droz S.A.

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Quelques mots de Rudolph Steiner

Malheureusement pour nous, Guy Vial, malgré une vie de recherche, a très peu écrit sur le conte du Graal. En réalité, son seul texte est publié à titre posthume, l’auteur ayant mis fin à ses jour à un âge relativement jeune.
Une des très grande forces de Guy Vial et de s’en tenir au texte, avec une extrême rigueur et sans se laisser polluer ni par les récupérations postérieures, ni par des convictions personnelles [1]. De tous les auteurs consultés jusqu’à présent, il me semble que c’est le seul à avoir ce niveau d’intégrité.

Enfin une prise en considération du roman dans son intégralité

p9 : « Chrétien a conçu, croyons-nous, les parties Perceval et Gauvain dont est composé le conte du Graal comme les morceaux d’un même ensemble narratif liés organiquement par l’expression d’une même senefiance. »

p.10-12 : inventaire des correspondances ou effets de miroir entre les parties Perceval et Gauvain. Guy Vial en relève 20.

Un roman qui parle d’assumer sa vraie vocation

p.17 : Perceval dit tout autrement
« Ce n’est pas entre les chevaliers de la table ronde et Perceval que se joue à notre avis l’opposition marquée au v. 4727 mais entre la décision que le héro pourrait prendre et celle qu’il prend en fait, entre la possibilité qui lui est offerte de se soustraire à son devoir et la promesse qu’il se fait maintenant de l’affronter. »
Pour aller plus loin sur la base de cette remarque de Guy Vial, on pourrait dire que par cet acte, Perceval prend consciemment en charge son karma, c’est un acte libérateur au sens spirituel.

Gauvain débarrasé des contagions ultérieures

p.13 : « Au cours de toutes ses aventures, Gauvain se conduit en grand seigneur, en modèle de bravoure, de générosité, de maîtrise de soi, de noblesse et de grandeur. »

p.17 : Sur la pucelle aux petites manches
« Ainsi ce que Gauvain n’avait pas voulu concéder à la satisfaction de son amour propre malgré le mépris et les injures, il l’a accordé à une petite fille pour qu’elle garde de ses premiers pas dans l’âge adulte un souvenir de bonheur. »

p.15-24 : Guy Vial démontre sur 5 points que les allégations sur la légèreté de Gauvain sont complètement infondées au regard du texte. Bien au contraire.

p.21 : « La haine, les moqueries, le mépris auxquels il est constamment en butte lui permettent de manifester les plus hautes vertus : admirons sa modération et son honnêteté […] en toute circonstance, il fait preuve de générosité, de délicatesse, de dévouement, d’abnégation et d’un courage à toute épreuve. »

p.23 : G. Vial relève que même Jean Frappier - qui a été un des premiers à introduire ce thème d’un Gauvain symbole de la chevalerie frivole - est obligé de reconnaître que « d’Erec au conte du Graal, par sa générosité, l’élégance de ses manières, sa vaillance dans les tournois, Gauvain mérite d’être loué comme le soleil de la chevalerie ». Que s’est-il passé ? Comme tant d’autre Jean Frappier a été contaminé par les récupération ultérieures perpétrées par l’église catholique.

Les aventures de Gauvain

p.25 : « Tant d’événements et de personnages se bousculent dans les aventures de Gauvain au royaume de Galvoie que leur accumulation laisse au lecteur une impression d’embrouillement. Impression trompeuse car la première surprise passée, l’œil exercé y discerne – sous la profusion des ornements et des décors – une architecture savante, qui impose à cet ensemble un ordre secret. »

p.26-30 : sur le château de la roche champguin
« Le nautonier ne transporte que des morts ». (on ne sait pas d’où Guy Vial il tire cela). Le château de la merveille est sur « l’autre rive ». Le château de la roche champguin est le « champ blanc » des celtes, donc l’autre monde. Gauvain est donc sur l’autre rive, mais toujours vivant.
Partant de cette conclusion de Guy Vial, à quoi pouvons-nous identifier une partie du domaine des morts où l’on serait toujours vivant ? Quelle est la partie du champ astral qui n’est ni fantasmatique, ni le domaine des morts ? C’est ce que les ésotéristes du tout début XXème ont appelé : « la loge d’en haut », la partie invisible d’une école spirituelle.

p.34 : En fait, le château a été construit par la reine à ses frais. Elle s’y est retirée avec sa fille et elle y accueille les valets qui aspirent à la chevalerie : On retrouve cette enclave bénie des vivants dans le domaine des morts, la demeure sancti spiritus des Rose-Croix.
Elle vit du commerce de drap vert et rouge = le nouveau vêtement éthérique [2].
La note de bas de page précise que Galvoie (associé à Galloway) avait au XIIème siècle la réputation d’être habité par des gens d’une rare bestialité et d’une férocité effroyable, une description qui colle tout à fait avec la partie invisible du monde, le monde astral dont le royaume des morts est un sous-ensemble.

p.37 : Pour Guy Vial, l’aventure du lit de la merveille est le pendant exact de l’aventure du Graal de Perceval car celui qui réussit rend aux dames leurs terres, arrête les guerres et restitue l’honneur aux dépossédés, tout ce qui avait été promis à celui qui pose les questions au roi pêcheur.

Gauvain et l’imitation de Christ

p.38-40 : Gauvain, comme Jésus, aime la fraiche innocence des petits enfants (v5363) [3], il les écoute et les prend au sérieux.
Il est l’ami des pauvres, des malades et des infirmes (v9212-9214).
Par la parole ou par l’exemple, il dispense comme Jésus un enseignement d’amour et de pardon (v8772-8776 et v8964-8967).
Il soigne, voire ressuscite les morts.
Gréoréas retrouve successivement l’ouïe, la parole, la vue et la vigueur des membres, allusion à la série des miracles qu’accomplit Jésus.

p.47-48 : L’épreuve du lit de la merveille serait équivalente à la mort sur la croix. Gauvain ne rencontre les habitants du château qu’après cette épreuve. Ils sont morts et lui aussi. L’épreuve du gué périlleux est la résurrection.
p.51 : « De même que le Christ souffrit la passion et la mort pour entrer dans la gloire, il a fallu de même que Gauvain tombe dans le gouffre de la mort pour gagner la louange et l’estime du monde ».
De même que Thomas ne peut croire en la résurrection tant qu’il n’a pas vu les plaies du hrist, de même Guiromelan ne peut croire tant qu’il n’a pas vu la patte du lion plantée dans l’écu.
Et de même que le Christ par sa mort a libéré les hommes, de même Gauvain a libéré la male pucelle qui représente l’humanité déchue.

p.53 : Inventaire des passages qui montrent comment l’orgueilleuse de Logre personnifie le mal dans sa généralité. « Pourtant, si mauvaise qu’elle soit, Gauvain ne la délaisse pas ; il se préoccupe au contraire de son sort. »

p.56 : « Les aventures du Gauvain se rattachent admirablement aux aventures de Perceval, car elles nous rappellent précisément ce que Perceval réapprend pour son salut le jour du Vendredi Saint : que Jésus est mort pour nous délivrer du péché.

Un monde de ténèbres

p.57-63 : En contrepoint à la noblesse des héros et à cette allégorie de Christ au travers des aventures de Gauvain, Chrétien nous montre le monde dans lequel ils évoluent, fait de méchanceté, de suspicion, de cupidité, de violence, de ressentiment, de soif de vengeance et de haine.
Guy Vial relève méticuleusement tous les passages qui illustrent ces horreurs. P.65, par exemple, il liste les passages où l’on tranche des têtes : 14 occurrences !
« Chrétien présente donc à travers ses deux héros un idéal de chevalerie qui tranche avec ces hommes bardés de fer aux mains rouges de sang ». On culmine avec l’enseignement de l’ermite : être un bon chevalier est en soi une pénitence pour obtenir la grâce de Dieu.

Perceval et le Graal.

p.74 et suiv : Il est clair que Perceval ne pose pas les questions parce que son péché d’avoir abandonné sa mère « lui a coupé la langue » (v.6409). De nombreux universitaires, dont R.S. Loomis, A. Nutt, E. Brugger, avouent n’y rien comprendre. « Le silence de Perceval est entouré d’un mystère jalousement gardé jusqu’à nos jours par un récit trop hermétique, dont ni la sagacité, ni l’érudition, ni le labeur le plus opiniâtre n’ont réussi à trouver la clé ».

p.78 : « La conclusion qui s’impose est que si ce beau récit n’est pas absurde, une relation d’un autre ordre doit en réunir les différents éléments […] Le silence de Perceval ne peut être coupable qu’en tant qu’il symbolise une certaine attitude en face de réalités particulières que doivent représenter la lance et le Graal. »
Effectivement, lorsqu’on abandonne le souvenir de son origine divine, sa mère – Isis –, on ne peut que rester muet dans le temple de l’initiation.
Les érudits ont noté le décalage entre la légèreté de la faute - le mutisme - et la gravité des conséquences, mais en effet, si on ne réagit pas positivement à la force du Graal i.e. à l’aide gnostique pour l’humanité, alors c’est l’influence négative qui prévaut, donc la guerre.

p.80 : rappel de G. Vial ; la question n’est pas « à quoi sert le graal », car c’est évident. C’est une grande jatte pour un plat prestigieux qui passe pendant le repas. La question est : « qui est-ce que l’on en sert », quel est le festin parallèle qui se déroule pendant le repas de Perceval.
Autre rappel : la lance qui saigne ne fait pas partie du cortège, fait déjà souligné par J. Frappier dans son article « le cortège du graal ».

p.84 : Pour Guy Vial, la lance est le symbole opposé du Graal : c’est le symbole de la destruction. C’est pour ça qu’on dit plus tard qu’elle détruira le royaume de Logres.

p.90 : Guy Vial note que chacun des membres de la famille du graal, frères et sœurs : la veuve dame – l’ermite – le roi esperitus, sont tous dépeints comme ayant une relation particulière, presque de première main, avec Dieu (pour la mère, v6404-6408 elle recommande si bien son fils à Dieu qu’il l’a effectivement protégé) : « Trois élus, dominant de très haut la multitude des hommes par la pureté de leur cœur, l’éclat de leurs mérites et la plénitude de grâce qui les remplit ».

Conclusion de G. Vial

p.96 : « Sous la poésie, étrange et majestueuse à la fois, de l’aventure de Perceval chez le roi pêcheur, nous avons découvert un rigoureux enchaînement d’idées […] La soif de puissance qui dévore le cœur de tant de chevaliers, déchaînant les plus affreuses guerres, va de pair avec une indifférence complète au sang versé, d’une part, et un profond dédain de la vie religieuse, d’autre part ; or ces sentiments ne révèlent rien de moins qu’un état de déchéance spirituelle : la flétrissure du péché. »

Notes :

[1] l’attachement au catholicisme ou à la cause pseudo-celte étant les plus prégnantes chez les universitaires qui écrivent sur le Graal

[2] voir les commentaires sur les Noces Chymiques de Christian Rose-Croix

[3] Références d’après l’édition critique de Keith Busby : "Le roman de Perceval ou le conte du Graal, édition critique d’après tous les manuscrits"


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