Energétique, chemin spirituel et comportement

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Dans un de ses articles sur le roman "la quête du Graal" [1], Charles Ridoux fait la remarque suivante :
 

« Il est assez difficile aujourd’hui de comprendre l’insistance avec laquelle la Queste exalte la virginité, qu’ont en partage avec Galaad Perceval et sa soeur (Bohort n’est que "chaste", ayant engendré de la fille du roi Brangorre Elain le Blanc) . On peut, certes, prendre cette exigence dans un sens moral ; mais comment, alors, ne pas être frappé par le violent contraste avec toute la tradition arthurienne, à la suite de F. Lot et de tous ceux qui ont débattu sur le "double esprit" du Lancelot en prose. On a mis en valeur, et à juste titre, l’importance du culte de Notre-Dame dans la spiritualité cistercienne et dans celle des Templiers. La Queste ne manque pas de citer à plusieurs reprises des "messes de Nostre-Dame". En ne retenant ici que l’aspect du problème relatif à la mission de Galaad, nous serions tenté de mettre en rapport l’exigence de virginité de l’Elu avec les conditions qui favorisent l’illumination au terme de la réalisation métaphysique. L’énergie sexuelle retirée à ses fins, légitimes mais purement "terriennes", de jouissance et de procréation est tout entière canalisée vers le haut, entraînant, selon la terminologie hindoue de la corporéité subtile , le réveil de la "kundalini" et sa montée à travers les "chakras", les centres de force, jusqu’au "troisième oeil" et au sommet du crâne. La virginité apparaît alors non plus comme un idéal moral - élevé, certes, mais en conflit avec l’éthique chevaleresque et les tendances de la nature humaine - mais comme la condition pour ainsi dire "technique" d’une réalisation spirituelle, de fait hors du commun mais en principe ouverte à tous. »
 
Comme nous l’avons montré dans notre article sur Galaad et la violence, la voie prônée par le texte de "la quête du Graal" aboutit, sous couvert de spiritualité, à la barbarie. Mais, grâce à la remarque de Ridoux, on constate qu’à l’arrière plan de la voie spirituelle, il y a un processus énergétique de transformation de la conscience (en réalité, une aspiration spirituelle qui ne se concrétise pas par un tel processus, ce n’est qu’une chimère). Différentes voies conduisent à différents processus qui conduisent à différents résultats. Ces résultats ne sont absolument pas équivalents. Autrement dit, contrairement à ce que l’on entend souvent, nous ne nous retrouvons pas tous "en haut" quel que soit le chemin suivi [2].
Dans les récits du Graal, on distingue clairement deux processus différents :

- Celui qui est décrit par Chrétien et Wolfram utilise en premier lieu la force de Kundalini du coeur, symbolisée notamment par Blanchefleur qu’il faut délivrer du château assiégé. Dans le Parzival, Wolfram insiste beaucoup sur le fait que c’est en se reliant à cette force - en pensant à Condwiramour - que Perceval triomphe de ses adversaires.
La caractéristique de ce processus est la non-violence (entre autre, celle des héros du récit) ainsi qu’un comportement de vie particulier :
Dieu est charité, et quiconque pratique la charité vit en Dieu et Dieu en lui nous rappelle Chrétien [3].
Les tenants de cette voie connaissent la dualité du monde, mais sont à même, par leur comportement, de changer le mal en bien :
 
Vilenie et noblesse se rencontrent à la fois en l’homme
en qui la fermeté de l’âme s’associe avec son contraire ;
tout comme voisinent dans le plumage de la pie deux couleurs opposées.
Un pareil homme pourtant peut encore se réjouir ;
car il y a deux parts en lui,
celle du ciel et celle de l’enfer.
Mais celui qui s’abandonne à la déloyauté est tout noirceur
et n’aura jamais d’autre teinte que celle des ténèbres.
Au contraire, l’homme dont les pensées sont constamment droites
ne perdra jamais rien de sa blancheur. [4]

 

- Le processus décrit par les bénédictins et les cisterciens (notamment Perlesvaux et la queste), quant à lui, est fondé sur la force de kundalini du bassin, réveillée par l’ascèse mystique. Sa solution au problème de la dualité bien/mal est la violence. Quelques contemporains des récits du Graal illustrent ce phénomène de manière parlante : Bernard de Clairvaux auteur du "tuez nous ces petits renards qui saccagent les vignes du seigneur", fondement de la lutte (armée) contre le catharisme [5], "Saint" Dominique, père de l’inquisition.
On pourra consulter sur ce sujet toute la dernière partie du livre de François Favre sur Mani qui examine la question à partir de la vie d’Augustin.
 

Notes :

[1] La Queste et le zodiaque - La mission de Galaad et la symbolique astrologique publié en 1988 et accessible sur http://cura.free.fr/xv/13ridou1.html

[2] Ce phénomène est aussi décrit dans les Noces Alchimiques de Christian Rose-Croix où nombreux sont ceux qui arrivent dans le Temple du jugement, mais bien moins nombreux ceux qui passent la porte

[3] le conte du Graal v47-52

[4] première lignes du Parzival. On notera la ressemblance avec les propos de Jacob Böhme

[5] Anne Brenon, Archipels Cathares (c) 2000 Dire éditions


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