Le jardin du Graal

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Graal et alchimie

Au cours de différents articles, nous avons vu que Chrétien de Troyes, dans son conte du Graal, dispense tout un enseignement concernant la vocation de l’homme et décrivant tout un processus de tranformation intérieure qui va bien au delà des simples aspects psychologiques [1].
 

En étudiant diverses traditions, il apparaît que cet enseignement que donne Chrétien est universel. C’est finalement ce qui ressort des différentes tentatives pour retrouver le "manuscrit originel" du conte du Graal : Que ce soit l’origine Celtique, l’origine Iranienne, l’origine Indienne, toutes sont finalement mises en défaut mais montrent également qu’un processus similaire à toujours été décrit dans toutes les traditions.
 
Un peu plus proche de nous, un court extrait du summarium philosophicum écrit par le célèbre alchimiste français Nicolas Flamel rappelle justement les conditions indispensables pour mener la quête à bien :
 
"Nous devons chercher le fruit vivant – l’or et l’argent vraiment vivants – sur l’arbre. Car il n’y a que là qu’il pousse et atteint sa pleine taille selon les possibilités de sa nature. Sans en cueillir les fruits, nous devons le transplanter dans un sol meilleur et plus riche et dans un endroit plus ensoleillé. Son fruit recevra alors plus de nourriture en une seule journée qu’il n’était possible d’en recevoir durant cent ans lorsqu’il se trouvait en une terre stérile. Je veux que vous compreniez que mercure [2], qui est un arbre de grande excellence et qui contient l’argent et l’or sous une forme indissoluble doit être pris et transplanté dans un sol où il sera plus proche du soleil, c’est à dire en ce cas, de l’or, et où il pourra se nourrir et être abondamment arrosé. Là où il était planté auparavant, il était si secoué et affaibli par le vent et le gel qu’on ne pouvait gère en attendre de fruits. Il était donc resté là-bas longtemps sans donner de fruits. Mais dans le jardin des philosophes le soleil brille jour et nuit, sans discontinuer. Là, notre arbre est arrosé de la rosée la plus rare et les fruits qui pendent à ses branches mûrissent et grossissent un peu plus chaque jour. Il ne s’atrophie jamais mais fais plus de progrès en un an qu’en mille dans la situation stérile antérieure."
 
Nous voilà donc placés de nouveau devant le processus décrit dans le conte du Graal ou dans Parzival :
L’or et l’argent vraiment vivants, ce sont l’Esprit divin et l’âme nouvelle qui animent l’être humain véritable, créé à l’image de Dieu.
Cet arbre, qui doit croître et donner de nouveaux fruits, c’est l’homme. En effet, l’homme est l’arbre de vie avec ses trois canaux (spinal, sympathique et para-sympathique), le vaste système nerveux dodécuple, constitue les branches et les feuilles, et l’éther nerveux, ou archeüs [3], est la sève vitale de cet arbre sacré.
Cet arbre contient de manière latente les éléments nécessaires à un renouvellement complet du système : il contient déjà "l’argent et l’or sous une forme indissoluble" [4], mais il faut, sur la base du noyau spirituel en l’homme (blanchefleur) activer ce processus ( la vision du cortège du Graal ) [5]
Le jardin des philosophes – et notez bien le pluriel, il ne s’agit pas d’un petit emplacement personnel, mais d’un lieu partagé par un groupe de personnes poursuivant le même objectif – c’est la communauté initiatique où " le soleil brille jour et nuit" : la gnose, la nourriture de l’âme nouvelle y est dispensée continuellement.
Alors, l’arbre qui était resté longtemps sans donner de fruits [6] "recevra alors plus de nourriture en une seule journée qu’il n’était possible d’en recevoir durant cent ans lorsqu’il se trouvait en une terre stérile" [7]

Notes :

[1] Pour mémoire, cet enseignement rappelle tout d’abord l’origine divine de l’homme : Perceval est le fils de la veuve dame, appellation caractéristique que l’on retrouve dans l’hermétisme, l’alchimie, le manichéisme, la franc-maçonnerie…( voir la note sur blogspot).
Puis il décrit le processus préparatoire (les premières aventures de Perceval) qui permet au quandidat de redécouvrir la parcelle de divinité en lui (blanchefleur).
Suit la prise de conscience de la nécessité d’un processus de transformation alchimique de l’être entier (le cortège du Graal et la vision des 3 gouttes de sang sur la neige).
Chrétien décrit ensuite le moyen de parvenir à la réalisation de ce processus (appartenir à une communauté initiatique d’âmes chercheuses) et finit par la description précise des étapes de ce processus (les aventures de Gauvain). Ainsi, Etre initié signifie bien devenir un homme, mais il ne s’agit pas ici de prendre sa place dans la société des adultes responsables, il s’agit de redevenir l’homme créé à l’image de Dieu

[2] i.e. la conscience. Voir aussi la note de P. DUVAL qui assimile Perceval au mercure alchimique des arabes : Peredur (gallois) = Perede (arabe) = Parada (indien) : Le mercure alchimique de l’œuvre au blanc, "celui qui traverse"

[3] Appellation donnée par Paracelse

[4] Voire aussi l’article sur Le soleil et la Lune

[5] C’est pourquoi Perceval arrive au Château du Graal après avoir délivré Blanchefleur : une fois que le rayonnement de "l’atome primordial" du cœur peut atteindre la conscience, le processus se dévoile. Cependant, on dit que Perceval échoue : le cortège du Graal n’est qu’une vision, le plan. Il faut encore le réaliser.

[6] Longtemps signifie pour le microcosme de nombreuses incarnations dans la matière. Pensez par exemple au roman Le Dominicain Blanc de G. Meyrink avec cette maison dont chaque étage représente une incarnation et les traces qu’elle a laissée dans le microcosme, jusqu’à ce qu’une personnalité particulière – le sommet – accomplisse sa mission libératrice.
"Celui qui est devenu la cime de l’arbre, et qui porte consciemment en lui l’homme primordial qui est la racine, celui-là s’incorpore consciemment à cette communauté en passant par le martyre, c’est à dire la dissolution du cadavre et de l’épée"

[7] "-Croyez-vous que mon destin va en être modifié ?
-Immédiatement ! Seulement il ne se modifiera pas : ce sera comme un cheval qui prend le galop tandis que jusqu’alors il allait au pas"

G. MEYRINK, le visage vert, éditions du Rocher.


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