Le Mystère du Sang (III)

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Pouvons-nous distinguer l’auto-réalisation au sens de l’impulsion christique de l’auto-réalisation sous la poussée de la hiérarchie naturelle ? Non, et c’est pourquoi les récits initiatiques de tout temps veulent nous éclairer sur ce chemin de combat qui caractérise l’auto-réalisation gnostique.
 

Nous devons nous frayer un chemin à travers l’illusion et donc comprendre les mystères du sang. Ce troisième aspect fondamental de l’âme est la synthèse des autres aspects microcosmiques. C’est la clef de notre monde déchu. Si le système est coupé de l’esprit, une spirale de dégénération, mort, réincarnation s’enclenche. Ce processus peut être enrayé sur la base d’une transformation du sang. Au contraire, si la nature sanguine est préservée,il est maintenu.
 
On peut créer par culture du sang certains apports vitaux, très profitables à la hiérarchie naturelle. Le sang possède un pouvoir de rayonnement qui constitue la nourriture des dieux de ce monde. Le pouvoir rayonnant se conformant à la dégénérescence du sang, cette nourriture perd sa qualité, obligeant la hiérarchie naturelle à élever l’état du sang. Le rayonnement du sang façonne et vivifie aussi toutes les pensées et convoitises que nous projetons dans l’atmosphère. Ce rayonnement les maintient en vie. La mort est la soupape de sécurité qui entraîne l’arrêt de cette vivification.
La magie du sang a toujours été le moyen de la hiérarchie naturelle pour conserver un état du sang propre à sa consommation. C’est pour ces raisons que de nombreuses religions de l’antiquité interdisaient la consommation du sang alors que les temples étaient le théâtre de sacrifices sanglants.
 
Mais en est-il autrement de nos jours ? Le panthéon des dieux occidentaux est étendu et, méthodiquement ou inconsciemment, nous les évoquons et les nourrissons par un rayonnement collectif du sang. Tous les groupes humains s’efforcent de maintenir un certain état sanguin favorisant le vampirisme de la hiérarchie naturelle. Si les animaux ne sont plus sacrifiés, c’est simplement que l’état de dégénérescence humain ne rend plus ce moyen efficace.
 
Qu’est-il attendu de nous, qui cultivons également un certain état du sang, qui maintenons nos panthéons et sommes liés au sang de la nature ? Non pas une culture ou une transformation du sang, mais une révolution absolue, une autre nature dans le sang. Nous aspirons à une disposition métaphysique allant de la connaissance à la manifestation au travers de l’expérience. Nous devons par des actes auto-libérateurs ouvrir notre sang à l’influence gnostique atmosphérique. Notre rayonnement sanguin devient alors inassimilable pour les parasites de cette nature. Nous attaquons les bases de l’existence naturelle en réalisant pour nous-même et pour les autres une révolution mondiale.
 
Ceci est magnifiquement illustré dans le conte du Graal lorsque Perceval rompt avec les aventures proposées par la demoiselle hideuse :
 
Mon logis de la journée est bien loin d’ici. Je ne sais si vous avez ouï parler du Château Orgueilleux : c’est là où je dois aller ce soir. Au château se tiennent des chevaliers d’élite, cinq cents et plus. Sachez qu’il n’y a celui qui n’ait son amie avec lui, nobles dames toutes, courtoises et belles. Et apprenez que nul ne se présente là-bas qu’il n’y trouve joute ou bataille. Qui veut faire chevalerie, qu’il s’y adresse, il ne faillira pas à son dessein. Mais qui voudrait avoir le prix par-dessus tous les chevaliers du monde, je crois connaître la pièce de terre où on pourrait plus sûrement le conquérir, si on en avait la hardiesse. C’est sur une colline que domine Montesclaire. Là une demoiselle est assiégée : qui pourrait lever le siège et délivrer la pucelle. il y acquerrait un suprême honneur. Mieux encore, il pourrait. celui à qui Dieu donnerait cette victoire, ceindre sans crainte l’épée aux étranges attaches [1].
Ayant dit tout ce qu’elle voulait dire, la demoiselle se tait et part. sans plus. Messire Gauvain se dresse d’un bond et déclare qu’il va tenter de secourir la pucelle. Girflet, le fils de Don, annonce à son tour qu’à l’aide de Dieu, il ira devant le Château Orgueilleux.
-Et moi, dit Kahedin, je monterai sur le Mont Douloureux [2] et je ne m’arrêterai pas avant.
Mais Perceval parle tout autrement [3] : aussi longtemps qu’il le faudra, il ne couchera deux nuits de suite en un même hôtel, ni il n’entendra parler d’un pas difficile qu’il n’aille tenter de le franchir, ni de chevalier qui vaille mieux qu’un autre ou même que deux autres qu’il n’aille le provoquer ; et il n’épargnera nul labeur jusqu’au jour où il saura enfin qui l’on sert du Graal et où il aura retrouvé la lance qui saigne et appris à n’en pas douter pourquoi elle saigne.

 
Ainsi, Perceval refuse la voie proposée, en cherchant librement sa voie personnelle dans une souffrance intérieure il se libère de l’emprise des force naturelles.
Pour le monde, il semble perdu (il disparaît du roman. On ne le retrouvera qu’après 5 ans [4] d’errance et de folie). Mais en réalité, une force nouvelle s’éveille dans son sang. Le processus alchimique commence : le héro est remplacé par Gauvain.
 

Notes :

[1] Vous remarquerez que l’on trouve ici la plupart des aventures qui seront ajouttées dans les diverses continuation. On trouve même la fameuse ’épée aux estranges renges’ de Galaad

[2] Ainsi, la demoiselle hideuse proposerait non pas deux mais trois quêtes aux chevaliers. Est-ce un raccourci de l’auteur ou des copistes ? nul ne sait.

[3] Cette rupture a été notée par de nombreux universitaires, citons J. FRAPPIER et E. BAUMGARTNER qui en ont à mon sens préssenti toute l’importance

[4] Il s’agit evidemment d’une durée symbolique : 5 est le chiffre de l’âme nouvelle. En intégrant cette donnée, on comprend pourquoi le récit revient à Perceval en plein milieu des aventures de Gauvain : la transformation intérieure décrite par les épreuves du pays de Galvoie ne peut avoir lieu qu’après la naissance de l’âme nouvelle


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